08/03/2009

Oh, poke me again !

On a un peu honte de s’inscrire sur meetic parce que ça fait trop mec/meuf en chien, mais en regardant autour de nous franchement, combien de relations commencent par une rencontre virtuelle sur un site communautaire ? Beaucoup.

On passe tellement de temps derrière notre écran, c’est du temps qui pourrait être perdu à ne pas draguer. Heureusement, facebook, meetic, adopteunmec, cleargay, myspace, World Of Warcraft, ou les forums en tous genre se sont adaptés à l’exercice. Ils se sont très bien adaptés d’ailleurs, car ils ne sont pas seulement un moyen de trouver un plan-cul ou une escorte, ils mènent aussi à des relations longues. On me disait l’autre jour « finalement mes deux histoires les plus longues étaient avec des mecs rencontrés d’abord sur internet ». En l’occurrence, ces deux « histoires les plus longues » étaient ses deux seules histoires longues, toutes les autres pouvant être qualifiées de « flirts ratés » ou de « plans foireux à rallonge ».

Peut-être est-ce parce que ça commence par un « échange intellectuel »… Si on se parle c’est parce qu’on a des intérêts communs : elle aime le même groupe, notre livre préféré est le même, il va dans les mêmes cinémas… Car bien sûr, on sait tout ça avant d’oser adresser à l’autre le moindre « kikoo lol », « yo » ou « slt ». La première chose que l’on a fait a été de checker son profil, ses photos, ses amis, ses goûts et si il/elle écrit en langage texto, pour se faire une idée rapide et savoir si oui ou non c’est possible (quoi ? il a aimé CE film, ok, c’est mort). En plus, ça va nous aider a le/la draguer, pour quand ce sera en direct live sur un chat ! Bon, le chat et ses règles d’or, c’est bon, on connaît, c’est le passage obligé puisque c’est là où aura lieu l’échange intellectuel. Et puis on y pense même plus, c’est comme respirer ! Même si msn est passé de mode, ça reste automatique pour draguer : qu’on se soit découvert on-line, ou croisé in-real dans une soirée, on commence les hostilités en se rajoutant mutuellement sur 1 : facebook et 2 : msn. (La trinité n’a qu’a bien se tenir, que peut-elle face au bientôt traditionnel trio « poke / add as a friend / chat-facebook-qui-comporte-la-question-‘on continue sur msn ?’ ».)

D’ailleurs note à moi même : y a-t-il écrit quelque part la définition du poke ? Ils l’ont vraiment créé pour draguer ? Car à part – évidemment – les messages privés, c’est le seul jouet facebook qui n’est pas du tout relaté dans les news feed (sans compter, bien sûr, ce que l’on décide de privatiser pour préserver une intimité qu’on n’aurait pas dû uploader). Donc, quand tu pokes, tes friends ne le voient pas, tu peux donc draguer discrètement ce qui est le B A BA. Encore que… j’ai déjà vu quelqu’un écrire publiquement sur un wall « merci pour les pokes » ce qui, à mon humble avis, fût une grossière erreur – je n’irais pas jusqu’à dire fatale – mais l’auteur des pokes n’a pas dû apprécier d’être affiché comme ça sur la place du marché, car le lendemain, il avait pris soin d’effacer le message de son mur. (moi espionne ? jamais !)

Puisqu’on parle d’espionnage, on ne peut pas oublier la potentialité de pistage de l’autre dans les sites communautaires. Entre l’heure de sa dernière connexion (il s’est connecté et ne m’a pas répondu ! bâtard de merde !), ses derniers amis (qui, comme par hasard, sont des vraies catins sur leurs photos de profil, hein !), les photos où elle avait l’air se s’éclater (sans moi ! comment ose-t-elle !?), le fait qu’il ne soit pas sur msn depuis plusieurs soirs (il m’a bloqué ?? il est sorti ??? avec quelqu’un d’autre ????!). On suit jour après jour, heure après heure (minute après minute ?) la trace de nos ex et de nos futurs… Et on développe de la même manière notre capacité à brouiller les pistes (je me connecte en hors-ligne sinon il va croire que j’ai pas de vie) et à en rajouter sur notre « cool attitude » en demandant à un ami de nous tagguer (bah oui, tu vas pas t’auto-tagguer, t’es fou ?) sur cette photo là, même si c’était il y a un mois, au moins elle verra que j’ai pas besoin d’elle pour m’amuser !

Conclusion ? T’es encore célibataire ? Looser, retourne sur facebook ! Et demain, regarde le nom de la meuf trop bonne devant toi en amphi, avec un peu de chance elle a un profil ouvert, et si ça marche pas devient super actif dans le groupe « toi aussi t’aime la vie et tu le sais car...  » et inscrit toi en passant dans le forum « les chefs cuisiners sont des gars hypes » et tu trouveras l’amour va !

04/03/2009

Aux amoureux de Slumdog Millionnaire,

Non, parce que, ces gens là…

Ils aiment qu’on les prenne par la main. Ils aiment qu’on leur dise à quel moment il faut rire, et qu’on les prévienne cinq minutes avant qu’attention, ils vont pleurer, pile quand la musique commencera, et que « attend, je suis sûr qu’ils aient bien compris cette scène on va leur re-expliquer… toujours pas…? Allez, une troisième fois comme ça on peut pas rater le coup ! ».

C’est peut-être séduisant de confier son cerveau pendant deux heures à un réalisateur, c’est sûrement rassurant de savoir pourquoi on pleure, et de savoir quand les larmes s’arrêteront. Et de se dire que c’est pas grave puisque ton voisin de fauteuil pleure aussi… normal, c’est teeeellement beau quand ils s’embrassent à la fin !

C’est pas tant Slumdog Millionnaire en lui-même le problème. C’est un genre. Ok, c’est mielleux. Ok, on voit la fin arriver depuis la 3ème minute. Et du coup, c’est un peu long. Mais c’est divertissant, les images sont belles, la musique est à la mode et les acteurs sont des bombes chastuelles.

 

Le problème est dans tout ce que l’on dit à propos du film.

On le traiterait presque comme un documentaire, alors que c’est un conte de fées : dans un royaume lointain, les gentils sont trop gentils, les méchants – en plus d’être riches – sont pourris jusqu’à l’os, les princesses sont perdues et exotiques, et la morale donne sa bénédiction. Un conte de fées qui affiche fièrement sa capacité à reprendre des « scènes qui marchent » au(x) cinéma(s) de genre(s). Tout y est : le baiser « so hollywood in the 50s », la course-poursuite, l’entrecroisement d’histoires et d’époques vu et revu, la mort de la mère, la trahison du frère … Et la tant attendue chorégraphie bollywoodienne, parce que n’oublions pas, on est en Inde, et le cinéma indien c’est Bollywood et c’est tout.

On le voit comme le film-réalité qui va enfin bouleverser notre vision de touristes, mais la « réalité des bidonvilles » est un peu trop glamour pour être poignante et dénonciatrice. Et, en passant, on est – encore une fois – dans la redondance : si tu n’avais pas vu les scènes faites pour te faire prendre conscience que le pays n’est pas seulement rempli de Taj Mahals et de poulets au curry, tu n’as pas tout perdu, le petit gamin pense à toi et te prévient que si tu voulais voir l’Inde, la vraie, tu as bien fait de venir : « this IS real India ».

 

Avant les 8 oscars je m’étais déjà heurtée aux regards ahuris de ces gens là qui n’imaginaient pas qu’on ait pu ne pas a-do-rer, et qui ouvraient leur cœur sans vergogne pour m’exprimer leur amour infini et leur estime de Slumdog Millionnaire :

« quoi ? T’as pas aimé ! attends c’est sûrement parce que tu comprends rien au cinéma, la preuve dans Studio ils disent que c’est bien,­ et chuis désolé mais eux, ils comprennent le cinema »

« si t’as pas aimé c’est que t’as pas compris la métaphore »

« il est troooop biiieeeen !!! »

« mais tu sais, c’est la ré-a-li-té »