04/03/2009

Aux amoureux de Slumdog Millionnaire,

Non, parce que, ces gens là…

Ils aiment qu’on les prenne par la main. Ils aiment qu’on leur dise à quel moment il faut rire, et qu’on les prévienne cinq minutes avant qu’attention, ils vont pleurer, pile quand la musique commencera, et que « attend, je suis sûr qu’ils aient bien compris cette scène on va leur re-expliquer… toujours pas…? Allez, une troisième fois comme ça on peut pas rater le coup ! ».

C’est peut-être séduisant de confier son cerveau pendant deux heures à un réalisateur, c’est sûrement rassurant de savoir pourquoi on pleure, et de savoir quand les larmes s’arrêteront. Et de se dire que c’est pas grave puisque ton voisin de fauteuil pleure aussi… normal, c’est teeeellement beau quand ils s’embrassent à la fin !

C’est pas tant Slumdog Millionnaire en lui-même le problème. C’est un genre. Ok, c’est mielleux. Ok, on voit la fin arriver depuis la 3ème minute. Et du coup, c’est un peu long. Mais c’est divertissant, les images sont belles, la musique est à la mode et les acteurs sont des bombes chastuelles.

 

Le problème est dans tout ce que l’on dit à propos du film.

On le traiterait presque comme un documentaire, alors que c’est un conte de fées : dans un royaume lointain, les gentils sont trop gentils, les méchants – en plus d’être riches – sont pourris jusqu’à l’os, les princesses sont perdues et exotiques, et la morale donne sa bénédiction. Un conte de fées qui affiche fièrement sa capacité à reprendre des « scènes qui marchent » au(x) cinéma(s) de genre(s). Tout y est : le baiser « so hollywood in the 50s », la course-poursuite, l’entrecroisement d’histoires et d’époques vu et revu, la mort de la mère, la trahison du frère … Et la tant attendue chorégraphie bollywoodienne, parce que n’oublions pas, on est en Inde, et le cinéma indien c’est Bollywood et c’est tout.

On le voit comme le film-réalité qui va enfin bouleverser notre vision de touristes, mais la « réalité des bidonvilles » est un peu trop glamour pour être poignante et dénonciatrice. Et, en passant, on est – encore une fois – dans la redondance : si tu n’avais pas vu les scènes faites pour te faire prendre conscience que le pays n’est pas seulement rempli de Taj Mahals et de poulets au curry, tu n’as pas tout perdu, le petit gamin pense à toi et te prévient que si tu voulais voir l’Inde, la vraie, tu as bien fait de venir : « this IS real India ».

 

Avant les 8 oscars je m’étais déjà heurtée aux regards ahuris de ces gens là qui n’imaginaient pas qu’on ait pu ne pas a-do-rer, et qui ouvraient leur cœur sans vergogne pour m’exprimer leur amour infini et leur estime de Slumdog Millionnaire :

« quoi ? T’as pas aimé ! attends c’est sûrement parce que tu comprends rien au cinéma, la preuve dans Studio ils disent que c’est bien,­ et chuis désolé mais eux, ils comprennent le cinema »

« si t’as pas aimé c’est que t’as pas compris la métaphore »

« il est troooop biiieeeen !!! »

« mais tu sais, c’est la ré-a-li-té »

 

 

 

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